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Astérix est de retour dans un 39e album influencé par « certains débats actuels »

Le nouvel album « Astérix et le Griffon », premier album à voir le jour depuis la mort de son emblématique dessinateur, Albert Uderzo, sort jeudi. Le scénariste de la bande dessinée, Jean-Yves Ferri, était l’invité de France 24 pour cet événement : place de la femme, complotisme… Il explique notamment comment ont été insérées des allusions à des causes et débats actuels.

Astérix est de retour, jeudi 21 octobre, pour son 39e album, « Astérix et le Griffon », où tout ne se passe pas comme prévu pour le plus célèbre des Gaulois.

Ce qui est assuré, c’est le succès : cinq millions d’exemplaires en 17 langues ont été tirés par les éditions Albert René. Le personnage garde, quoi qu’il arrive, les faveurs de plusieurs générations.

Ses deux créateurs, René Goscinny et Albert Uderzo, ne sont plus de ce monde. Et leurs successeurs, le dessinateur Didier Conrad et le scénariste Jean-Yves Ferri, ont retenu d’eux une leçon : éviter de se prendre trop au sérieux. « À la base c’est fait pour rigoler. Astérix c’est de l’humour ! », lance le second, interrogé par l’AFP. À France 24, jeudi, il a expliqué avoir glissé un petit hommage à l’un des pères du héros. « On a glissé un petit bout triste à la fin de l’album, qui est un petit coucou à Albert Uderzo, qui lui-même avait mis un petit lapin qui s’éloignait du banquet lorsque son collègue Goscinny est mort. On s’est contenté de ce salut amical. »

Des débats actuels

L’aventure part ici d’un rêve prémonitoire du druide Panoramix, qui sent le danger menaçant son homologue chaman chez les Sarmates, un peuple nomade dans l’est de l’Europe. Ces Sarmates ont existé, mais on sait peu de choses d’eux.

L’occasion était belle de les imaginer en société aux rôles inversés : les hommes au village (à la yourte, en l’occurrence), les femmes à la guerre. « Que les femmes aient participé aux combats des vrais Sarmates, c’est bien le cas, mais je pense que les hommes étaient avec elles. Mais il y a eu des reines sarmates, apparemment, des cavalières… », avance Jean-Yves Ferri. « C’est un peu comme chez nous », ironise-t-il sur France24. « C’était amusant de rapprocher ça de certains débats actuels ».

Quant au griffon, cet animal totem mi-aigle mi-lion, l’empereur Jules César aimerait aller en territoire sarmate afin de le capturer pour sa gloire. Il en a été convaincu par un géographe assez sûr de son fait, Terinconus, le Romain le plus visible dans cette aventure. Le comique du personnage est renforcé par sa ressemblance avec l’écrivain Michel Houellebecq. « J’ai trouvé qu’il correspondait bien au rôle, il n’y  a rien de perfide là-dessous », explique Jean-Yves Ferri à France 24. « On va voir si ça le fait rire, ou pas ».

« La vocation d’Astérix est vraiment le recul et l’humour »

Mais ce fameux griffon existe-t-il, comme l’espère le centurion à la tête de l’expédition aux confins de l’Europe ? Ou n’est-il qu’un mythe sarmate ?

« Les Gaulois sont assez imperméables à ça », souligne le scénariste. Entre Astérix, venu d’Armorique, et les Sarmates, originaires d’une région allant de l’actuelle Ukraine aux contreforts du Caucase et aux steppes d’Asie centrale, on se comprend surtout dans l’adversité face aux Romains.

« Astérix est souvent pris comme symbole de la résistance, mais les auteurs historiques se sont toujours défendus de la récupération politique, car la vocation d’Astérix est vraiment le recul et l’humour », affirme Jean-Yves Ferri.

L’album donne un rôle inattendu à deux personnages d’ordinaire assez univoques : un Obélix inhabituellement tourmenté, et son chien Idéfix qui répond à l' »appel de la forêt », façon Jack London. Et pour Astérix, tout devient très compliqué d’un coup.

Pour ce lancement, les éditions Albert René ont imaginé un jeu pour téléphones et tablettes en réalité augmentée, « Astérix & Obélix : Vidi Vici » (« j’ai vu j’ai vaincu » en latin). Il sera disponible en France, en Belgique, en Allemagne et au Québec.

Mais l’enjeu principal, c’est que la critique soit bonne. Elle peut être parfois dure avec cette franchise qui monopolise les classements des meilleures ventes. Concernant le précédent album, « La Fille de Vercingétorix » en 2019, elle s’était divisée pour savoir s’il valorisait réellement un personnage féminin, ou s’il avait nourri des clichés sexistes.

Vedette du nouvel album de Reporters sans frontières

Le célèbre héros de bande dessinée est également la nouvelle vedette du 68e album de l’association de défense de liberté de la presse, Reporters sans frontières, à paraître jeudi.

« Avec le soutien des éditions Albert René, et l’engagement à nos côtés d’Anne Goscinny, Ada Uderzo et Sylvie Uderzo, Reporters sans frontières a choisi la série la plus emblématique de la bande dessinée franco-belge pour porter ses valeurs », explique l’ONG dans un communiqué.

Le célèbre petit guerrier Astérix et ses compagnons, créés par le duo Albert Uderzo et René Goscinny, « nous engagent depuis plus de soixante ans à dire non à toutes les oppressions, sans jamais renoncer à notre joie de vivre », « une vision que RSF partage », expose l’association.

Le portfolio de RSF, vendu 9,90 euros en kiosques et en librairie, paraîtra jeudi tout comme le nouvel album « Astérix et le Griffon ».

Outre des vignettes sur les emblématiques Gaulois, il comporte des textes inédits signés de l’historien Bruno Fuligni, du directeur des éditions Albert René, Céleste Surugue, ou encore de l’universitaire spécialiste d’Astérix Nicolas Rouvière.

Les recettes générées par les ventes du portfolio, qui représentent 30 % du budget de RSF, seront intégralement reversés à l’ONG.


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