Le meurtre d’Agnes Tirop, un « signal d’alarme » pour les athlètes femmes au Kenya

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Les funérailles de l’athlète Agnes Tirop, retrouvée poignardée à mort, ont eu lieu samedi au Kenya. Le meurtre de cette figure montante de l’athlétisme lève le voile sur les violences subies par les athlètes femmes dans ce pays d’Afrique de l’Est. 

L’étoile montante de l’athlétisme Agnes Tirop, poignardée à mort, a été enterrée, samedi 23 octobre, au Kenya, dans son village d’enfance, Mosoriot, situé à une trentaine de kilomètres au sud d’Eldoret. Ce meurtre a révélé la face cachée, parfois tragique, du succès des femmes athlètes dans une société très masculine.

Le double champion olympique kenyan David Rudisha et les médaillés d’or ougandais Joshua Cheptegei et Peruth Chemutai sont venus assister à ses obsèques au milieu d’une foule où beaucoup portaient le maillot rouge caractéristique des athlètes kényans.

Pressions sociales, dépression, exploitation financière… Les risques sont nombreux pour les jeunes femmes confrontées à un succès météoritique. Ils viennent souvent de leurs entourages, entraîneurs, agents ou même de leurs proches.

« Les femmes athlètes doivent porter le fardeau de toute une famille », affirme l’ancienne marathonienne Mary Keitany, quelques jours après la mort de son ancienne partenaire d’entraînement, Agnes Tirop, poignardée à son domicile. Elle avait 25 ans.

Arrêté par la police, le mari de la prometteuse double médaillée mondiale du 10 000 m (3e en 2017 et 2019) et 4e des Jeux olympiques de Tokyo sur 5 000 m est le principal suspect. 

Un succès souvent menacé par les conjoints des athlètes

Durant sa carrière, Keitany a vu de nombreuses jeunes athlètes, comme Agnes Tirop, batailler pour tenter d’équilibrer leur vie sportive exigeante avec les attentes et pressions sociales, autour du mariage et de la maternité notamment, tout en étant le principal soutien financier de leur famille élargie. 

Selon la quadruple lauréate du marathon de New York, beaucoup de ces jeunes femmes qui se sont consacrées à leur sport dès le plus jeune âge, n’ont pas l’éducation nécessaire pour gérer leurs finances et peuvent donc être utilisées comme des « vaches à lait » par des conjoints cupides.

« Elles se rendent compte quand il est trop tard que leur investissement leur échappe et elles sombrent dans la dépression », explique l’athlète à la retraite, mère de deux enfants. 

Comme pour Tirop, née dans une famille paysanne de la vallée du Rift, le succès sportif constitue pour de nombreux Kényans le meilleur moyen de sortir de la pauvreté. Ils s’investissent dans des camps d’entraînement, lieux qui échappent souvent aux règles et connus pour être des foyers de dérives sexuelles. 

Deux camps de la vallée du Rift ont été fermés ces dernières années par la Fédération kényane d’athlétisme (AK) pour avoir prétendument exploité des jeunes femmes. « Il y a tellement de loups là-bas qui attendent pour s’attaquer à ces filles », souligne Tegla Loroupe, ancienne détentrice du record du monde du marathon, aujourd’hui âgée 48 ans.

« La plupart souffrent en silence »

Des agents payent les familles pour les convaincre de « forcer les filles à abandonner l’école prématurément et à participer à des courses à l’étranger », ajoute-t-elle. « Les jeunes athlètes ne peuvent pas gérer la renommée et l’argent qui leur arrivent si soudainement », estime Wilfred Bungei, champion olympique 2008 du 800 m qui conseille désormais des athlètes en difficulté après avoir lui-même combattu l’alcoolisme. 

Les jeunes hommes dépensent leur fortune dans des voitures de luxe ou dans l’alcool; les femmes peuvent, elles, être confrontées à des relations toxiques avec des hommes prédateurs, estime-t-il. « La mort de Tirop est un signal d’alarme », affirme à l’AFP le porte-parole de la fédération kényane, Dominic Ondieki. 

« Les athlètes s’ouvrent maintenant et révèlent les problèmes auxquelles elles sont confrontées dans leur foyer. Il semble que la plupart souffrent en silence », souligne-t-il : « Elles semblent manquer du pouvoir de décision qui est souvent laissé à leurs maris qui prennent le plein contrôle des finances de la famille ». 

La fédération organise en décembre un atelier sur les droits économiques et sociaux des femmes dans leur foyer et dans leurs relations, en présence de psychologues du sport et de conseillers familiaux. Mais selon beaucoup d’observateurs, le chantier reste énorme pour soutenir les jeunes femmes qui font la gloire de ce pays d’Afrique de l’Est. 

Avec AFP


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