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« Le peuple soudanais rejette toute idée de régime militaire »

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Après le coup d’État du général Abdel Fattah al-Burhane, la cheffe de la diplomatie soudanaise, Maryam Sadeq al-Mahdi, a affirmé, mardi, sur l’antenne de France 24, sa volonté de résister « par tous les moyens pacifiques et civiques possibles ».

Malgré les pressions internationales sur l’armée, les arrestations de militants et de manifestants se multiplient au Soudan, après le coup d’État militaire du général Abdel Fattah al-Burhane. Alors que la capitale Khartoum est quadrillée par les forces de sécurité, le Premier ministre renversé, Abdallah Hamdok, détenu après le putsch du 25 octobre, avec la plupart des responsables civils qui composaient le pouvoir de transition, a été autorisé à rentrer chez lui le lendemain. Mais il reste « sous surveillance étroite », selon son bureau.

Invitée, mardi 26 octobre au soir, à parler de la situation au Soudan lors du débat de l’antenne arabe de France 24, la ministre des Affaires étrangères, Maryam Sadeq al-Mahdi, a dit son rejet du coup d’État militaire et appelé à résister au coup de force du général Abdel Fattah al-Burhane par tous les moyens pacifiques possibles.

Alors qu’elle n’a pas été arrêtée, comme certains de ses collègues, elle dit également se sentir menacée dans un pays où elle vit désormais « dans la peur ».

France 24 : faut-il croire le général Abdel Fattah al-Burhane, qui affirme que son initiative n’est pas un coup d’État 

Maryam Sadeq al-Mahdi : Abdel Fattah al-Burhane a beau essayer de nous faire croire le contraire, il s’agit bien d’un coup d’État militaire contre les civils puisqu’il a interdit aux forces politiques, spécialement celles situées dans le camp civil, de jouer le moindre rôle dans les institutions mises en place depuis la révolution. 

Nous rejetons totalement ce coup d’État en tant que responsables politiques et en tant que gouvernement révolutionnaire et transitoire, car il n’est qu’une initiative précipitée et irresponsable motivée par des intérêts personnels. Celui qui affirme vouloir démocratiser le pays ne peut pas incriminer en même temps les partis politiques, ni faire arrêter le Premier ministre légitime, Abdallah Hamdok, une personnalité respectée à l’intérieur du pays et à l’étranger. C’est inacceptable et dangereux.

Vous sentez-vous personnellement menacée ?

Assurément, je me sens totalement menacée. Après le discours prononcé, mardi, par Abdel Fattah al-Burhane et ses accusations lancées contre les forces politiques et les ministres du gouvernement, je me sens comme une citoyenne de troisième zone, au minimum, qui n’a plus le droit de participer à la vie politique de son pays, et dans lequel je vis désormais dans la peur.

Faut-il craindre un face-à-face entre la population et l’armée 

Nous allons résister par tous les moyens pacifiques et civiques possibles contre ce coup d’État. Nous appelons nos frères dans l’armée à y renoncer. Parce que le peuple soudanais n’a rien contre l’armée, mais il rejette toute idée de régime militaire, et il le prouve en sortant dans les rues. Nous reconnaissons et nous respectons l’institution militaire et nous saluons son rôle crucial dans la défense de nos frontières. Toutefois, nous refusons qu’elle dépasse les limites de son rôle qui est parfaitement décrit dans la charte constitutionnelle, qui stipule qu’elle est chargée de protéger l’unité et la souveraineté du pays.

Elle n’a pas à imposer sa tutelle ni à désigner, par la voix d’un militaire quel qu’il soit, quels sont les responsables civils légitimes et ceux qu’elle considère comme des criminels, ni à imposer une refonte des institutions. Nous avons confiance dans la jeunesse et le peuple soudanais, nous nous reposons sur eux parce qu’ils sont, depuis le début de la contestation, les gardiens de cette révolution.

Pensez-vous que les pressions exercées par la communauté internationale peuvent faire fléchir les militaires 

La communauté internationale nous apporte un soutien très important, et moralement cela nous encourage beaucoup à persévérer. Nous la remercions pour cela. J’ai rencontré, la semaine dernière, l’envoyé spécial américain, Jeffrey Feltman, et je lui ai dit que nos pays sont des partenaires, et j’ai souligné l’importance de l’attention portée au Soudan et à la situation actuelle par une si grande puissance. Un message que j’ai également transmis aux représentants norvégien, britannique et français, ainsi qu’à celui de l’Union africaine. Nous remercions toutes les parties qui sont en contact avec les forces civiles et l’armée, et qui ont appelé à un retour au partenariat en vigueur avant le coup d’État. Car c’est le seul moyen de retrouver de l’espoir pour le pays.

Les évènements en cours sont-ils liés à des luttes d’influence régionales ? Avez-vous des contacts avec les pays voisins comme l’Égypte ?

Oui, en tant que ministre des Affaires étrangères, j’ai eu des contacts avec des homologues de plusieurs pays. Cependant, et j’en suis aussi désolée que surprise, je n’ai pas eu de réponse de la part du chef de la diplomatie égyptienne, alors que des pays frères et amis du Soudan, même très lointains, m’ont fait clairement part de leur inquiétude et ont appelé au calme. Cela est très étonnant, parce que nous avions de bonnes relations de travail ensemble et des contacts fréquents et quasi-quotidiens. L’Égypte a, certes, sa propre vision des évènements, mais je n’arrive pas à comprendre quel est son intérêt à ne pas entretenir sa relation avec le camp civil au Soudan. Alors que, jusqu’ici, Le Caire soutenait le processus de transition.   


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