pour la jeunesse souffrant d’ »éco-anxiété », l’heure est à l’action

La COP 26 qui se tient du 31 octobre au 12 novembre sera un rendez-vous important pour l’avenir des futures générations d’adultes. Confrontées à de plus en plus de vagues de chaleur, d’inondations et de feux de forêts, et submergées d’informations sur une planète en pleine crise, celles-ci voient leur santé mentale décliner. Témoignages.

Dans une vidéo postée sur Twitter et accompagnée d’un message appelant à l’action et à combattre l' »éco-anxiété », Mitzi Jonelle Tan, militante philippine pour la justice climatique, admet son désarroi. « À cause de tous ces typhons et de toutes ces inondations qui ravage ma maison année après année, devenant chaque fois un peu plus intenses, j’ai grandi en ayant peur de me noyer dans ma chambre », déclare la jeune femme de 23 ans.

Les récents phénomènes météorologiques extrêmes – vagues de chaleur, inondations et feux de forêts – ont modifié pour toujours la vie de très nombreux individus. Des millions de personnes sont déjà contraintes de déménager, parfois loin de chez elles, en raison du changement climatique. Mais l’impact de ce dernier sur la santé mentale commence tout juste à émerger.


L’Association américaine de psychologie (APA) définit l' »éco-anxiété » comme une « peur chronique du désastre environnemental ». Il ne s’agit pas d’une maladie mentale, mais plutôt d’une réponse rationnelle à une profonde incertitude et, dans les cas les plus sérieux, celle-ci peut empêcher de mener une vie normale. Et si tout un chacun peut ressentir de l’anxiété en raison du changement climatique, les jeunes âgés de 16 à 25 ans sont particulièrement vulnérables, selon une étude récemment publiée dans la revue scientifique The Lancet.

Pour la première fois, neuf chercheurs d’universités américaines, britanniques et finlandaises ont observé les effets de l’anxiété climatique à grande échelle sur des enfants et de jeunes adultes du monde entier. Au total, 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans et originaires d’Australie, du Brésil, des États-Unis, de France, de Finlande, d’Inde, du Nigeria, des Philippines, du Portugal et du Royaume-Uni ont participé à cette enquête.

Plus de la moitié d’entre eux (54 %) ont déclaré que leurs sentiments vis-à-vis du changement climatique influençaient négativement leur quotidien. Les trois-quarts ont peur du futur, les niveaux d’anxiété les plus élevés se trouvant chez les jeunes originaires des Philippines, du Brésil et de l’Inde, trois pays où les effets du changement climatique sont particulièrement visibles. Près de 60 % des jeunes interrogés déclarent être extrêmement inquiets en raison du changement climatique et plus de 50 % disent se sentir tristes, anxieux, en colère, impuissants, désarmés et coupables.

Megan Morgan, une Anglaise âgée de 24 ans, se souvient avoir ressenti ce type d’émotions à partir de ses 7 ans. « Je suis allée dans une école primaire assez progressiste et un jour, des intervenants extérieurs sont venus nous parler du changement climatique, des centres d’enfouissement des déchets plein à ras bord et de la calotte glaciaire qui fond. C’est à ce moment que je me suis rendue compte de ma propre condition de mortelle. Ce fut un moment bouleversant pour moi », raconte-t-elle.

La « trahison des générations actuelles et futures »

Peu après, Megan Morgan commence à ressentir des crises de panique. « À chaque fois qu’il pleuvait des trombes, je devenais inconsolable. Je ne pouvais même plus entendre les mots ‘réchauffement climatique’ sans avoir l’estomac noué », se souvient-elle.

Aujourd’hui, la jeune femme souffre toujours d' »éco-anxiété », mais cela se manifeste désormais davantage sous forme de stress. Elle se dit inquiète des avancées de la société, qui  ne tiennent pas compte des changements nécessaires pour freiner la destruction de l’environnement. Mais surtout, elle trouve terrible de se sentir impuissante.

« Bien sûr, je peux utiliser des pailles en métal plutôt qu’en plastique, manger vegan ou faire du shopping éthique, mais à côté du pétrole qui finit dans les océans, c’est rien du tout. Personne ne rend de comptes, rien ne change », se désole-t-elle.

Pour la psychologue et chercheuse Caroline Hickman, il faut ajouter le sentiment de trahison à la définition de l' »éco-anxiété » donnée par l’APA. « Ce n’est pas simplement du désarroi face aux problèmes environnementaux. Avec l’éco-anxiété viennent aussi les sentiments de désespoir, de désillusion et de trahison par les gens au pouvoir et qui n’agissent pas », explique-t-elle.

Miguel, un Écossais de 22 ans, vit la même chose. « J’ai appris l’existence des problèmes liés à l’environnement à l’école, mais je m’étais toujours dit que c’était quelque chose que les scientifiques parviendraient à résoudre. Mais en grandissant, j’ai trouvé de plus en plus inquiétant qu’aucune action ne soit entreprise en dépit de connaissances de plus en plus avancées sur le sujet », souligne-t-il.

Ce dont Miguel et Megan parlent fait écho à ce que Greta Thunberg appelle la « trahison des générations actuelles et futures ». Le changement climatique n’est pas une menace hypothétique ou lointaine. Le monde est de plus en plus conscient et informé de ses conséquences, qui affecteront de façon disproportionnée les plus jeunes.

« L’action est l’antidote contre l’éco-anxiété »

« Ce sont les générations les plus âgées qui échouent à faire ce qu’il faut en faveur des générations les plus jeunes. Cela est ressenti comme une forme de trahison et d’abandon, juge Caroline Hickman. Certains jeunes avec lesquels je travaille sont suicidaires en raison de cette trahison. Pas en raison des problèmes environnementaux, mais bien parce qu’ils se sentent dévastés d’avoir été affreusement abandonnés par des dirigeants politiques qui sont censés prendre soin d’eux. »

La chercheuse explique que ce sentiment de trahison peut provoquer des blessures psychologiques. Cela commence avec la perte de confiance dans toutes les institutions qui sont censées s’occuper de la société. Alors que les adultes ont pu avoir davantage d’expériences et devenir « endurcis » par les diverses trahisons de la vie, les plus jeunes sont eux en pleine transition, venant tout juste de quitter l’enfance et son besoin de lien, de confiance et de sécurité.

Elouise Mayall, chercheuse et écologiste à l’Université de East Anglia, au Royaume-Uni, estime qu’il est vital que les hommes et femmes politiques fassent preuve d’intelligence émotionnelle à propos du changement climatique. « Avoir des dirigeants froids et rationnels ne fait pas avancer une situation qui a beaucoup à voir avec la psychologie et les émotions. On parle de jeunes gens qui éprouvent des sentiments tels que la peine ou la peur, pas de robots », affirme-t-elle. Reconnaître des erreurs et s’excuser peut sembler symbolique, mais Elouise Mayall croie que cela pourrait aider les jeunes générations à se sentir entendues.

De son côté, Miguel estime que « l’action est l’antidote contre l’éco-anxiété ». Il veut voir les gouvernements et les autres entités concernées comme les entreprises tirant profit des énergies fossiles être tenus pour responsables de leurs décisions.

Même sentiment chez Megan, qui aimerait que la trahison change de camp. « Je veux avoir suffisamment confiance pour me dire que les gens au pouvoir se soucient de notre habitat et qu’ils font ce qu’ils peuvent pour trouver des solutions pour le sauver et pour les mettre en œuvre rapidement. Je veux qu’ils agissent maintenant. Pas en 2025 ou en 2030. Maintenant ! »

Adapté de l’anglais par Romain Brunet. L’article original est à retrouver ici.




Source link

Quitter la version mobile